mercredi 15 mars 2017

Le changement climatique à venir affectera les plantes et les sols différemment

Une nouvelle étude européenne a découvert que la libération du carbone dans le sol est plus sensible au changement climatique que le carbone absorbé par les plantes.

Dans les régions plus sèches, la libération du carbone des sols diminue mais dans les régions plus humides il augmente. Cela pourrait se traduire par une rétroaction positive dans l'atmosphère conduisant à une augmentation supplémentaire des niveaux de CO2 atmosphérique.

Le changement climatique à venir affectera les plantes et les sols différemment
Les données proviennent de l'expérience de manipulation du changement climatique du CEH, en cours depuis 18 ans dans la forêt de Cloceanog. Photo: Rachel Harvey

Les scientifiques ont analysé les données de sept expériences de changement climatique en Europe afin de montrer comment la biomasse végétale arbustive européenne et la libération du carbone sont affectées pas les sécheresses estivales et le réchauffement annuel.

L'étude a été conduite pas le Dr Sabine Reinsch et le Professeur Bridget Emmett, du Centre pour l'Ecologie et l'Hydrologie (CEH) basé au Royaume-Uni, en collaboration avec des climatologues européens et américains.

Les auteurs ont montré que la libération du carbone du sol était plus sensible au changement dans les sols humides. L'eau du sol joue un rôle important dans les sols humides, L'engorgement en eau limite les processus de décomposition par le biote du sol, ce qui entraîne une accumulation de carbone dans le sol comme de la tourbe. L'assèchement du sol enlève ces limitations ce qui libère le carbone.

Par contraste, dans les sols plus secs, la réduction des précipitations réduit l'eau du sol en dessous de l'optimum pour le biote du sol, ce qui engendre une diminution de la libération du carbone du sol.

La plus grande partie du carbone terrestre est stocké dans les sols. Les stocks sont estimés à environ 2000 gigatonnes (1 gigatonne = 1 000 000 000 000 kg) de carbone.

Les chercheurs ont montré que la sécheresse augmente et diminue le carbone du sol de façon plus prévisible que le réchauffement.

Les données proviennent de l'expérience de manipulation du changement climatique du CEH, en cours depuis 18 ans dans la forêt de Cloceanog, un site humide gallois situé sur des hauteurs avec une couche de tourbe résultant d'un engorgement saisonnier. Sur le terrain, l'augmentation de la température et de la sécheresse ont été imposés sur la végétation pour étudier les effets du changement climatique sur divers processus écosystémiques.

Le Dr Sabine Reinsch, auteure principale de l'étude et écologiste du sol au Centre pour l'Ecologie et l'Hydrologie précise que "Cette étude trans-européenne nous a permis, tout d'abord, d'avoir du temps pour étudier les réponses des plantes et du sol face au changement climatique sur des sites isolés. Mettre les réponses des écosystèmes aux changements climatiques dans le contexte plus large des gradients climatiques naturels nous a aidé à mieux comprendre les réponses observées des plantes et des sols."

Le Professeur Clauss Beier, chef du Département des Géosciences et de Gestion des Ressources Naturelles au Danemark, et co-auteur de l'article, ajoute que : "l'étude souligne et illustre une compréhension nouvelle et fondamentale concernant la réponse des écosystèmes au changement climatique. En menant la même expérience dans différentes conditions d'humidité et de température à travers le continent européen, il est devenu clair et évident que la pression des facteurs de changement climatique agissent différemment, et parfois même à l'opposé, selon les conditions. Ces différences sont importantes pour notre évaluation globale des futures réponses écosystémiques au changement climatique, mais l'étude montre aussi qu'elles peuvent être comprises et, dans une certaine mesure, prédites"

Selon le Dr Marc Estiarte, chercheur au centre de recherche espagnol CREAF-CSIC et co-auteur de l'article, "contrairement aux sols, la diminution des précipitations n'a pas été une menace pour la productivité des plantes sur les sites humides, et sur les sites plus secs, les plantes résistent proportionnellement plus que celles des sites intermédiaires, dont la productivité au-dessus du sol est plus sensible. Cela illustre la différence claire dans la sensibilité des sols comparée à celle des plantes à travers le gradient climatique".

 Le Professeur Bridget Emmett, du Soil Science Area et chef de site au Centre pour l'Ecologie et l'Hydrologie, Bangor ajoute que "Ces résultats mettent l'accent sur la sensibilité des processus des sols, telle que la respiration du sol, face au changement environnemental. Cette sensibilité dans les systèmes humides, combinée à un découplage venant de la productivité végétale, représente un potentiel important de rétroaction dans l'atmosphère qui pourrait conduire à une augmentation des niveaux de carbone atmosphérique".

L'étude a considéré les réponses des plantes et du sol face à la sécheresse et au réchauffement uniquement dans les zones arbustives européennes. Il y a plusieurs biomes dans le monde où les plantes et le sol peuvent répondre différemment au changement climatique.
Comprendre les réponses des plantes et des sols dans les autres biomes permettra de mieux comprendre le changement climatique et ses effets sur les interactions globales entre les plantes et les sols et les retombées sur le climat.


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jeudi 2 mars 2017

En Inde, les politiques doivent viser à renforcer les capacités des sols et non à promouvoir les produits agrochimiques

Stopper la dégradation des sols et les faire revivre, et gérer les déchets pour prévenir la contamination de ces sols, ont fait parti des thèmes récurrents lors de la Conférence Nationale sur les Sols en Inde (National Conference on India’s Soils).

La conférence a rassemblé trois importantes parties prenantes dans la gestion de la santé des sols en Inde: les scientifiques, les responsables politiques et les professionnels.

En Inde, les politiques doivent viser à renforcer les capacités des sols et non à promouvoir les produits agrochimiques
Dans de nombreux états, entre 40 et 80% des terres sont classées comme dégradées sous une forme ou une autre. Credit: CIAT / Flicker 

La dégradation continue des ressources naturelles en Inde a été le principal facteur déclenchant l'organisation de cette conférence. L'objectif était de comprendre et d'inverser les dégradations actuelles des sols en Inde avec un accent particulier sur les petites et moyennes exploitations agricoles.


L'actuel paradoxe politique


D'après un rapport de 2010 de l'Académie National des Sciences Agricoles, 120 million d'hectares (38% de la superficie totale) de terres en Inde sont dégradées. De plus, dans de nombreux états, entre 40 et 80% de la superficie des terres sont classées comme dégradées sous une forme ou une autre.
Une mauvaise gestion des terres et de l'eau, associée aux intrants agrochimiques amplifient le problème.

Malgré cela, le montant des subventions aux engrais chimiques a progressé exponentiellement au cours des trois dernières décennies: de 60 crore en 1976-977 (1 crore = 30 millions de roupies) à 70.000 crore en 2016-17.

D'après la note conceptuelle sur la conférence, "la subvention des nutriments à base de produits chimiques a contourné la crise fondamentale que connaissent les sols de l'Inde"

Les décideurs politiques, d'après la note conceptuelle, n'ont pas été capables de s'appuyer sur la nature bio-dynamique et vivante des sols. La dimension hydrologique des sols a aussi été ignorée.


Rénover la santé des sols.


Amar KJR Nayak de l'Université Xavier, Bhubaneswar, a suggéré de passer progressivement des semences exotiques aux graines indigènes et de se concentrer sur l'humidité in-situ plutôt que l'humidité extérieure.

Suite à une expérience sur une ferme d'un hectare, lui et son équipe ont réussi à conserver près de 100000 lites d'eau tout  au long de l'année à travers un système de verrouillage de l'eau.
M.. Palinisamy de la Fondation Dhan a démontré comme l'humidité des sols peut être améliorée grâce à des citernes.


La contamination des sols


L'ordonnance du NGT (National Green Tribunal - Tribunal Vert National) du 2 Février 2017 déclare clairement "déformées" les règles de gestion des déchets, ce qui favorise la combustion de la biomasse.

Gopal Krishna de ToxicsWatch a dit que "les déchets en Inde ont une forte teneur en éléments nutritifs qui peuvent améliorer la santé des sols. Ils contiennent aussi beaucoup d'humidité, ce qui les rend impropres à la combustion".

Signalant "l'abondance des preuves scientifiques" qui montrent que l'incinération non scientifique des mélanges de déchets solides entrainent la contamination des sols et de la végétation locale, Krishna ajoute que "C'est à cause de l'anarchie environnementale que nous continuons de nous concentrer sur la maximisation des déchets et non sur la minimisation"

Concernant la contamination des sols par les pesticides, Dileep Kumar de Pesticide Action Network, insiste sur le fait que sur les 40 pesticides recommandés par le gouvernement, 26 sont très dangereux.

Préoccupé par le fait que seulement un pour cent des pesticides atteignent effectivement la cible et que le reste tue l'organisme non ciblé, Kumar dit qu' "il est prouvé qu'environ 81 pesticides causent des perturbations endocriniennes et que 56 pesticides sont cancérogènes. Même dans les sols, ces pesticides ralentissent les activités des enzymes et provoquent une baisse de la santé des nutriments";

Jagadananada, ancien commissaire à l'information de l'état d'Odisha, résume l'évènement de la journée ainsi: "Je pense que nous avons besoin d'un nouveau cadre et d'un nouveau discours sur la gestion de l'humidité, et une transition graduelle vers l'agroécologie. En plus de traiter la santé des sols comme un bien public, nous devons resituer la science dans le contexte local."

 Soulignant l'objet de ce rassemblement, Rajeshwari Raina de l'Université Shiv Nadar, ajoute que "Nous devons réfléchir sur la manière de créer une synergie entre la connaissance, les politiques et les pratiques, afin que nous puissions faire un effort intégré pour mettre en place des systèmes de sols sains et durables."


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jeudi 16 février 2017

Des anciennes graines de fève sur un site préhistorique pourraient avoir un impact sur les cultures actuelles

Se pourrait-il que six toutes petites graines vieilles de 14000 ans puissent améliorer la façon dont le monde mange aujourd'hui ?

Une minuscule découverte sur le lieu d'un campement préhistorique (la terrasse de la grotte el-Wad du Mont Carmel) dans le nord d'Israël, a apporté un gros indice au sujet d'un mystère qui déconcerte les scientifiques depuis des années; et qui pourrait s'avérer importante pour la santé et la diversité des cultures dans le monde.

Après une étude poussée, il s'est avéré que ces graines sont les ancêtres sauvages de Vicia faba, connue sous le nom de fève.

Des anciennes graines de fève sur un site préhistorique pourraient avoir un impact sur les cultures actuelles


La fève est considérée par l’organisme Crop Trust ( une organisation internationale qui œuvre pour préserver la diversité agricole à long terme) comme l'une des cultures les plus importantes dans certaines parties du monde.

La santé de la fève est une question importante même dans les endroits où elle est peu consommée, car c'est le fixateur naturel d'azote le plus efficace connu en l'agriculture.


Les ancêtres sauvages d'une culture possèdent des informations importantes sur la façon de rendre les variétés modernes domestiquées plus résistantes à la maladie, la sécheresse, et autres effets dévastateurs du changement climatique.

Mais les traces d'un ancêtre sauvage de Vicia faba, longtemps présumé éteint, se sont révélées totalement insaisissables... jusqu'à el-Wad. Les six graines, chacune mesurant environ 5mm de long, ont été trouvées par la paléobotaniste Valentina Caracuta; elle a publié ses découvertes dans Scientific Reports en novembre 2016.

Caracuta a trouvé les graines dans les premiers niveaux d'une habitation natoufienne en cours de fouille. Les natoufiens étaient des chasseurs-cueilleurs du Proche Orient entre 13000 et 970 avant l'Ere Commune.

Caracuta et Elisabetta Boaretto, directrice du DANGOOR Research Accelerator Mass Spectrometry Laboratory de l'Institut des Sciences Weizmann à Rehovot en Israël, ont fait subir divers tests aux graines: les mesurant avec le CT-scan, analysant la longueur de leur hile (cicatrice que porte une graine au point où elle était attachée à la plante) et de leur radicule, et enfin, les réduisant en de minuscules piles de graphite afin de pouvoir les dater.

Des anciennes graines de fève sur un site préhistorique pourraient avoir un impact sur les cultures actuelles
Scan 3D des fèves sauvages par Jeremie Silvent.

A la fin, Boaretto et Caracuta ont conclu que les graines faisaient bien parti de l'espèce Vicia Faba, et qu'elles avaient environ 14000 ans. 
Comme les fèves n'ont pas été domestiquées jusqu'à il y a un peu plus de 10.000 ans, et que les natoufiens ne cultivaient pas, il était clair que les graines étaient les fèves sauvages tant convoitées et perdues depuis longtemps.

"Maintenant nous savons" dit Boaretto, "qu'au Mont Carmel, il y avait des fèves naturelles".


Une réponse globale.


La découverte a déclenché une réaction en chaîne d'intérêt dans le monde entier. Les chercheurs du Crop Trust de Bonn ont eu une discussion animée à ce sujet après la parution de l'article.

Avec un financement de 50 millions de dollars du gouvernement norvégien, le Crop Trust a lancé un projet de 10 ans visant trouver, collecter, évaluer et reproduire les parents sauvages de 29 céréales vitales, comprenant le riz, le millet, les pommes, l'aubergine et l'avoine.

La fève est un aliment important au Moyen Orient, dans l'ouest de l'Asie et en Chine, en Inde et des parties de l'Afrique. Mais, selon le chef de projet du Crop Trust, Hannes Dempewolf, "elle a rapidement été écartée de la liste des espèces avec lesquelles nous pourrions travailler, car nous ne savions pas qu'elles étaient et ou étaient les espèces sauvages".

La découverte d'el-Wad ne contribue pas directement au projet relatif aux espèces sauvages, étant donné que les spécimens retrouvés n'étaient pas vivants. Mais, ajoute Dempewolf, "c'est un grand pas en avant en ce qui concerne de savoir d'où la fève peut être originaire et a pu être domestiquée".

Cela pourrait aider les chercheurs à mieux cibler les sites où des spécimens vivants de fève sauvage pourraient être trouvés, et de tirer des conclusions sur les conditions dans lesquelles la légumineuse a pu gagner sa résilience environnementale.

Un spécimen vivant, de plus, serait encore plus bénéfique sachant qu'il pourrait être utilisé pour augmenter la rusticité des cultivars face aux défis environnementaux.

C'est ainsi que les producteurs ont pu prendre un ancêtre sauvage du riz et l'utiliser pour donner aux variétés de riz cultivées de nouveaux niveaux de résistance au virus du rabougrissement herbeux qui a dévasté des cultures en Asie.

Après des siècles, les raisins, la canne à sucre, le houblon, le cacao, l'orge, les pois chiches, les tomates, les lentilles et beaucoup d'autres cultures ont été croisés avec des ancêtres sauvages afin d'améliorer leur résilience contre les pucerons, la sécheresse, le gel, la salinité et la chaleur excessive.

Une étude de PricewaterhouseCoopers estime la valeur future potentielle des gènes de 32 plantes sauvages à 196 milliards de $.

C'est le genre de données qui sont convaincantes pour Fouad Maalouf, producteur de fèves qui travaille avec l'ICARDA (Centre international de recherche agricole dans les zones arides) au Liban.

Lorsqu'il a lu la découverte d'el-Wad, sa première pensée fut pour l'Orobanche crenata. Cette plante herbacée parasite a dévasté les cultures de fèves dans le nord et l'est de l'Afrique. Maalouf rapporte que bien que lui et d'autres éleveurs aient réussi à développer des cultivars qui offrent une certaine résistance à l'orobanche au Soudan, en Egypte et en Tunisie, leur efficacité n'était "que partielle et l'orobanche reste un danger. Si nous pouvons trouver de nouvelles ressources", en particulier une plante sauvage encore vivante, "les choses seraient différentes".



Une aide essentielle pour les producteurs


Historiquement, la fève est une plante facile à cultiver , grâce à son adaptation à la chaleur et au froid, aux inondations et à la sécheresse, aux basses et hautes altitudes. Malgré cela, les variétés de fèves cultivées ont souffert d'une foule de facteurs de stress météorologiques au cours de la dernière décennie: les effets de la hausse des températures, des parasites et des maladies comme celle des tâches de chocolat, sans parler de l'orobanche. Par exemple, l'Égypte qui était autrefois le principal producteur mondial de fèves, fait face maintenant à 70% de sa propre demande par des importations.

Cela soumet les consommateurs à des hausses de prix soudaines et les agriculteurs à des revenus incertains et fluctuants.

Grâce à la recherche sur les caractéristiques d'un petite collection de fèves stockées dans la banque génétique de l'ICARDA, prudemment reproduites, et par l'utilisation de méthodes d'agriculture de conservation telle que la perturbation minimale du sol, Maalouf et d'autres producteurs ont ainsi pu augmenter les rendements de fève sur des champs d'essai en Egypte de 20%. Mais ils s'attendent à ce que la bataille pour améliorer et protéger les fèves devienne de plus en plus ardue dans les années à venir. En dépit de son importance mondiale et de son apparente diversité (il y a près de 10000 variétés de fèves dans la seule banque génétique de l'ICARDA), notre connaissance à leur sujet est faible, se cantonnant souvent seulement à la couleur de la gousse, le poids des graines, voire les niveaux de résistance à des choses comme la maladie de la rouille.

"Nous ne pouvons pas filtrer tout ce matériel; cela revient cher et est inefficace," dit Maalouf, ajoutant que les méthodes comme le FIGS ( Focused Identification of Germplasm Strategy / Stratégie d'identification ciblée du germoplasme) peut être utilisée pour sélectionner des traits spécifiques.


Mais que ce passera-t-il si nous pouvons obtenir de la diversité depuis des parents sauvages ?


Une nette amélioration... Cela aiderait non seulement les cultures destinées à l'alimentation, mais aussi celles utilisées pour la fixation de l'azote. Les agriculteurs ajoutent souvent des engrais azotés aux champs épuisés, mais cela peut avoir des répercussions dévastatrices sur la qualité de l'eau et les niveaux d'émissions de gaz à effet de serre. En alternant les cultures de céréales avec celles des fèves, les agriculteurs minimisent les dégradations environnementales, améliorent les niveaux d'azote dans le sol, augmentent les rendements des autres cultures jusqu'à 21%, et améliorent aussi la qualité des protéines dans ces plantes, selon Maalouf.

Il fait remarquer qu'au cours des 30 dernières années, l'Australie, qui n'est pas un pays traditionnel pur la culture de fève, en a planté plus de 30000 hectares afin de créer un système de cultures viable. Il s'attend à ce que d'autres pays suivent l'exemple.

Si un ancêtre sauvage de la fève peut être trouvé vivant quelque part, il serait possible pour les producteurs de trouver la meilleure façon d'améliorer la qualité des fèves, et de façon plus fiable, d'autant plus que ce que Maalouf appelle des maladies "imprévisibles" commencent à augmenter avec le changement climatique.

D'après Boaretto, "nous ne savons pas si elle s'est réellement éteinte. Nous devons chercher. En faisant plus de fouilles, nous devrions trouver plus d'endroits". A la mention de tous ces possibilités, Maalouf s'est enthousiasmé: "cela serait une très bonne chose pour l'humanité".


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mardi 7 février 2017

Visite d'une forêt comestible vieille de 23 ans en Nouvelle-Zélande

Voici une vidéo d'une vingtaine de minutes qui vous fera découvrir les 8000m² de forêt comestible de Robert et Robyn Guyton dans l'Île du Sud de Nouvelle-Zélande, la vidéo vaut la peine d'être vue juste pour la pure beauté de ce à quoi peut ressembler une forêt comestible mature.
Pour ceux qui sont à l'aise avec l'anglais, vous découvrirez les idées de Robert et Robyn sur la façon d'aborder le jardinage forestier, c'est-à-dire en laissant faire, en laissant le système évoluer de lui-même, et en appliquant de légères retouches en termes de gestion et de «correction».

D'après Robyn, leur couple tire 70% de leur nourriture de leur propre terre....






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mardi 31 janvier 2017

Pour enrayer la perte de biodiversité, le verdissement doit-il aller plus loin ?

L'Union Européenne a introduit le nouvel instrument de "verdissement" (ou d'écologisation) dans la Politique Agricole Commune en 2015, dans l'intention de ralentir la perte rapide de la biodiversité dans les zones agricoles.

L'idée est relativement simple: en échange des subventions qu'ils reçoivent, les agriculteurs doivent mettre en œuvre des mesures pour protéger les animaux et les plantes sauvages sur leurs terres.

Pour enrayer la perte de biodiversité, le verdissement doit-il aller plus loin ?
Des haies comme Surface D'Intérêt Ecologique en Allemagne. Un réseau de biotopes pour la faune et la flore. Photo: Thomas Hesse

Un groupe de scientifiques du Helmholtz Centre for Environmental Research (UFZ), de l'Université de Göttingen et d'autres institutions allemandes, autrichiennes et françaises, ont étudié l'efficacité de la mesure phare du verdissement appelée "Ecological Focus Areas" (Surfaces d'Intérêt Ecologique - SIE).

Leurs conclusions, publiées dans le journal scientifique Conservation Letters, donnent à réfléchir: les Surfaces d'Intérêt Écologique sont mises en œuvre de telle manière que cela présente peu d'avantages pour la biodiversité ou les agriculteurs; et pourtant elles ont un coût élevé pour les contribuables. Cependant, il y a plusieurs possibilités pour améliorer la mesure afin qu'elle profite à tous.

Les populations d'alouettes sont en train de chuter, les bourdons et papillons disparaissent, et même le bleuet autrefois commun en Europe Centrale devient rarissime.

La biodiversité des terres agricoles européennes a fortement diminuée ces dernières décennies. Aussi, dans une tentative pour stopper ce déclin, l'Union Européenne a introduit ce nouvel instrument au cours de la dernière réforme de la Politique Agricole Commune (PAC).  Avec ces nouvelles exigences de verdissement, depuis 2015, les agriculteurs ont dû mettre en œuvre certaines mesures de protection de l'environnement en échange des paiements reçus (en Allemagne, aux alentours de 86€ par hectare).


Qu'est-ce que le verdissement ?


Il se compose de trois principaux éléments.

Le premier est de maintenir des prairies permanentes. Le second est d'augmenter la diversité des cultures: des fermes qui ont entre 20 et 30 hectares de terres cultivables doivent planter au minimum deux céréales différentes; de plus grandes exploitations doivent avoir au moins trois céréales.
Le troisième, mesure phare du verdissement, est l'exigence pour les fermes de plus de 15 hectares de terres arables de dédier au moins 5% de l'ensemble à la Surface d'Intérêt Ecologique.

L'Union Européenne a prescrit 19 types différents d'utilisation des terres qui comptent pour une Surface d'Intérêt Ecologique. Les agriculteurs peuvent, par exemple, laisser la terre en jachère, créer des zones tampons sans production agricole le long des plans d'eau, ou entretenir des éléments de paysage tels que des haies ou des étangs. Ils peuvent aussi planter des légumes, comme des pois, haricots ou lupins, qui fixent dans le sol l'azote présent dans l'air. Ou encore, ils peuvent planter des cultures dérobées comme la moutarde ou le colza afin de couvrir la surface du sol en automne et en hiver pour prévenir l'érosion entre la récolte et la prochaine plantation.

"Chaque Etat Membre choisit laquelle des 19 options est éligible pour son pays ou ses régions, mais chaque agriculteur prend la décision finale à propos de l'option qu'il veut mettre en place." explique Guy Pe'er, l'auteur principal de l'étude.

Quelques agriculteurs se sont opposés à ce nouvel instrument, pour qui l'Union Européenne crée encore plus de règles trop compliquées à mettre en œuvre. Les écologistes, de leur côté, considèrent que les Surfaces d'Intérêt Ecologique ne sont pas suffisamment ambitieuses.

Ces discussions commencent maintenant à être d'actualité en préparation de l'examen à mi-parcours du verdissement, qui doit avoir lieu en Mars 2017.

Ce sera une opportunité importante de changer certaines exigences. Cependant, nous devons savoir comment les Surfaces d'Intérêt Ecologique se mettent en place dans la réalité.


Le verdissement à la loupe.


Les chercheurs de l'UFZ, avec leur collègues des universités de Göttingen, Vienne, Berne, Klagenfurt et Toulouse, ainsi que l'Institut pour l'Agroécologie et la Biodiversité de Mannheim, ont examiné la performance des Surfaces d'Intérêt Ecologique.

"Nous voulons savoir, avant tout, ce que les experts pensent des SIE en termes de biodiversité" explique Pe'er. L'équipe à rassemblé les réponses de 88 experts en écologie agricole dans 17 pays européens. Ces spécialistes ont jugé les effets des différentes options des SIE sur les animaux et les plantes, sur une échelle de +5 (très positif) à -5 (très négatif).

"Les experts ont donné les plus hauts scores pour les bandes tampons et pour les terres laissées en jachère; cela indique que ces options sont très profitables à la biodiversité", continue Guy Pe'er. Les éléments du paysage comme les haies ou les murets en pierre traditionnels sont aussi considérés de manière très positive pour leurs effets sur de nombreuses espèces.

D'un autre côté, plusieurs options ont été jugées inefficaces. "Les cultures dérobées ou celles fixant l'azote comme les légumes ne bénéficient pas beaucoup à la biodiversité, surtout si les agriculteurs utilisent des pesticides sur ces zones" dit Pe'er. "Cependant, ces deux options se sont révélées très populaires parmi les agriculteurs" a ajouté l’économiste agricole Sebastian Lakner de l'Université de Göttingen. Cela a été découvert dans la deuxième partie de l'étude, dans laquelle les chercheurs ont analysé les données des ministères de l'agriculture dans huit pays membres de l'Union Européenne, ainsi que dans chaque état fédéral d'Allemagne.

Leurs résultats montrent qu'environ 45% des Surfaces d'Intérêt Ecologique dans l'Union Européenne sont utilisées pour faire pousser des plantes fixant l'azote. 27% sont utilisés pour les cultures dérobées: en Allemagne, cette option grimpe jusqu'à 68% des SIE. Les jachères, couvrant environ 21% des SIE, sont la seule option qui est considérée aussi bien par les écologistes que les agriculteurs comme une mise en œuvre qui en vaut la peine.

En contraste, très peu d'agriculteurs choisissent les bandes tampons ou les éléments du paysage, qui peuvent être très profitables pour la biodiversité. "En d'autres mots,  Il y a une mauvaise correspondance entre ce que les écologistes recommandent et ce que les agriculteurs mettent en œuvre" résume Guy Pe'er. Cela signifie que globalement, actuellement environ trois quart des SIE de l'Union Européenne sont gérés d'une manière qui profite peu ou pas à la biodiversité.

"Nous ne le reprochons pas aux agriculteurs" souligne Sebastian Lakner, "ils font simplement le choix le plus rationnel économiquement et essayent de minimiser les risques encourus". Planter des cultures dérobées et des plantes fixant l'azote et attractif car c'est simple à gérer et peu cher. Les bandes tampons et les éléments du paysage, en contraste, reviennent plus chers et demande du temps en entretien. Dans certains cas, il y a aussi des barrières administratives, par exemple si certaines parties d'une même haie appartiennent à plusieurs agriculteurs.

Plus important, plusieurs options des SIE sont rendues peu attractives par la complexité des lois de l'Union Européennes. Ainsi, les agriculteurs doivent enregistrer la largeur exacte d'une bande à fleur. "De nombreux agriculteurs ont peur, malheureusement avec raison, qu'une erreur de calcul dans la largeur d'une bande mène à des sanctions de la part des autorités" explique Sebastian Lakner.


Comment le verdissement peut-il être amélioré ?


Les agriculteurs et les écologistes sont mécontents des règles d'écologisation actuelles. Les chercheurs pensent que les contribuables devraient l'être aussi: pendant que les Etats Membres dépensent beaucoup d'argent en subventions agricoles, la société obtient encore très peu de retour en termes de biodiversité. Le fait d'étendre la surface des SIE de 5% à 7%  des terres agricoles, comme c'est actuellement en cours de discussion par la Commission européenne, ne sera pas suffisant pour améliorer de manière significative la situation, d'après les scientifiques.

Comment les mesures peuvent-elles donc être modifiées pour améliorer la situation de toutes les parties concernées ?

Les chercheurs proposent plusieurs recommandations à moyen et à long terme. Tout d'abord, ils suggèrent que l'Union Européenne encourage les options des SIE qui apportent un plus grand bénéfice pour la biodiversité, comme les bandes tampons et les éléments du paysage, et qu'elle retire, ou du moins limite l'extension, des options moins bénéfiques.

"Réduire le nombre des options en enlevant les moins utiles rendrait le verdissement plus simple, comme l'on justement demandé les agriculteurs" ajoute Ives Zinngrebe de l'Université de Göttingen, qui a coordonné l'étude. Des recommandations supplémentaires ont été faites pour s'assurer que les bandes tampons soient incluses dans la liste des options éligibles pour tous les états membres, ce qui n'est pas le cas actuellement. "Finalement, il est bien sûr essentiel d'interdire l'utilisation des pesticides dans les SIE" dit Guy Pe'er, "cela n'aurait aucun sens de nuire à la biodiversité dans des zones qui sont justement là pour la protéger."

Les chercheurs se demandent aussi si le verdissement est la bonne approche pour enrayer la perte de biodiversité dans nos pays. A l'échelle de l'Union Européenne il y a aussi les programmes agro-environnementaux qui visent à encourager l'agriculture écologiquement sensible, adaptés aux différents types d'habitat. "Il s'agit d'instruments politiques reposant sur des incitations positives plutôt que sur des régulations indésirables, souvent menés à bien pour atteindre des objectifs déclarés; il y a donc beaucoup à apprendre d'eux" ajoute Yves Zinngerbe. "Ils sont aussi moins cher que le verdissement" selon Lakner, "ainsi à long terme, l'élargissement des budgets de programmes agro-environnementaux ciblés pourrait être la bonne solution".

"Que ce soit par des programmes de verdissement ou bien agro-environnementaux, tous les auteurs et de nombreux experts qui ont contribué à cette étude partagent l'avis que les budgets pour la protection environnementale doivent être davantage consacrés aux mesures particulièrement efficaces pour la biodiversité, couvrant des étendues suffisantes de terres arables et de prairies, et qui doivent être acceptables et pratiques pour les agriculteurs", conclu Pe'er, "nous espérons donc que nos recommandations seront prises en compte à Bruxelles et dans les Etats Membres"

Pour plus d'informations:
  • Dr. Guy Pe'er Helmholtz - Centre for Environmental Research (UFZ) Department of Conservation Biology Mail: guy.peer@ufz.de
  • Dr. Sebastian Lakner- University of Göttingen- Department for Agricultural Economics and Rural Development- Mail: slakner@gwdg.de
  • Dr. Yves Zinngrebe- University of Göttingen- Department for Agricultural Economics and Rural Development- Mail: yzinngr@gwdg.de

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lundi 16 janvier 2017

Comment façonner un paysage pour briser le vent

Les brise-vent sont des rangées d'arbres, de haies ou de clôtures utilisées pour bloquer et réorienter le vent.
Les agriculteurs utilisent souvent des brise-vent pour protéger les champs, les cultures et les bâtiments, mais les jardins de banlieue peuvent aussi être aménagés pour être protégés du vent.

Comment façonner un paysage pour briser le vent
En utilisant les arbres et arbustes comme brise-vent naturels, vous pouvez réduire le vent, avoir de l'ombre et créer une barrière sonore et privative pour votre jardin.

Les brise-vent protègent aussi les pelouses et jardins de l'évaporation de l'humidité et de l'érosion du sol. Lorsqu'il est correctement conçu, le brise-vent permet de réduire l'usage de l'eau, coûte moins cher en énergie, fournit un habitat pour la vie sauvage et embellie la propriété.

Comment créer un brise-vent ?


1 - Observez la configuration des vents dans votre jardin afin de déterminer à quel endroit il y a besoin d'un brise-vent. Prenez les mesures de votre jardin, la hauteur et largeur de votre habitation et faite un plan de votre propriété. Utilisez ces informations pour déterminer la hauteur, largeur et positionnement de votre brise-vent.

2 - Sélectionnez les plantes qui poussent bien dans votre région, et utilisez des espèces natives autant que possible. Demandez à votre pépiniériste local de vous recommander des arbres et arbustes robustes et à croissance rapide. La hauteur et la densité sont des facteurs importants dans la création d'un brise-vent. De grands brise-vent apportent une grande réduction du vent. Les espèces à feuilles persistantes offrent une bonne protection au vent, mais une combinaison d'arbres à feuilles caduques et à feuilles persistantes et d'arbustes est plus intéressant et coloré.

3 - Préparez le site de plantation en enlevant complètement la végétation. Effectuez une analyse du sol et modifiez-le en fonction des résultats de l'analyse.

4 - Positionnez le brise-vent perpendiculairement aux vents dominants. Placez le brise-vent à environ 15m à 60m de la zone à protéger. Comme le vent tend à fléchir vers l'intérieur autour d'une barrière, étendez le brise-vent de 15m au-delà de la zone protégée, si possible. Placez les arbres loin de la maison, à une distance d'environ deux à trois fois la hauteur de l'arbre à maturité.

5 - Espacez les arbres d'environ 2 à 3 mètres, selon les besoins des espèces, Car l'encombrement, en étant trop proche, retarde leur croissance. Cependant, en laissant de larges écarts dans votre brise-vent, cela réduit son efficacité et peut produire un effet de tunnel de vent. Pour un brise-vent plus dense, plantez deux ou plusieurs rangées d'arbres en décalé. Les rangées doivent être espacées de 3 à 4 mètres.

6 - Placez de petits arbustes à fruits ou à fleurs, ou des petits arbres, devant les grands arbres afin d'ajouter de la couleur et pour attirer la vie sauvage comme les oiseaux et papillons. Créez une haie à croissance rapide d'arbustes rustiques comme les manzanitas, céanothes ou baccharis pour protéger votre arrière-cour ou jardin.

7 - Plantez des arbres et arbustes entre la fin de l'automne et le début du printemps pour donner du temps au racines de bien s'ancrer avant la chaleur de l'été.

Une astuce pour protéger les petites surfaces, installez des barrières ou des treillis robustes recouverts de vignes. Les vignes à feuilles persistantes comme les bougainvilliers, le jasmin jaune ( jasmin de Virginie) ou la bignone, fournissent une légère protection contre le vent tout en ajoutant toute l'année couleur et parfum à votre jardin.

Attention, les arbres et les arbustes sont les plus vulnérables pendant les deux premières années après la plantation et doivent être protégés des dommages aux branches ou au tronc.


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samedi 7 janvier 2017

La solution pour la sécurité alimentaire passe par les plantes

Voici la traduction d'un article de Barbara Unmuessig, Présidente de la Fondation Heinrich Böll.

"La façon dont nous mangeons dans le monde industrialisé est mauvaise pour la santé, injuste et non durable. Bien trop de viande que nous consommons est produite dans des conditions écologiques, éthiques et sociales douteuses.
Et aujourd'hui, notre modèle industriel de production de viande est exporté vers les pays émergents, plus spécialement en Inde et en Chine, où la consommation de viande est en hausse dans ces pays aux classes moyennes en plein essor.

Dans le monde, 300 millions de tonnes de viande sont produites chaque année, et l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime que le volume annuel atteindra 455 millions de tonnes d'ici 2050 si la demande continue de s'accroitre ainsi. De telles quantités de viandes ne peuvent être produites qu'à l'échelle industrielle avec des coûts sociaux, politique et écologiques élevés.

La solution à la faim passe par les plantes
Pizza végétarienne. Passer d'un régime à base de viande à un régime à base de plantes rendrait la tâche de nourrir le monde et les futures populations plus soutenable. Image: Sharada Prasad CS, CC BY 2.0

La production de viande entraine une utilisation extrêmement inefficace des terres agricoles, car cela demande beaucoup plus d'aliments à base de plantes pour nourrir le bétail que nous n'aurions besoin si nous nous nourrissions directement à partir d'un régime végétal. Par exemple, pour produite un kilogramme de viande de poulet, de porc ou de bœuf, cela demande respectivement 1.6, 3 et 8 kilogrammes d'alimentation animale.

Cela oppose les agriculteurs et les producteurs d'aliments pour animaux à une concurrence féroce pour la terre disponible.

Pendant ce temps, la production de soja, la plus importante céréale fourragère au monde, est passée de 130 millions de tonnes en 1996 à 270 millions de tonnes en 2015, dont 80% de la production est destinée à la production de viande, plus spécifiquement en Chine (70 millions de tonnes) et en Europe (31 millions de tonnes).
Cette expansion de la culture du soja, résultat de l'augmentation de la demande de viande, augmente les valeurs foncières.

En conséquences, dans les pays émergeants, les terres communes sont privatisées, les forêts tropicales sont détruites pour faire place à la culture agricole, et les agro-industries internationales exproprient les terres sur lesquelles un tiers de la population mondiale compte encore pour survivre.

La production d'alimentation animale, et la culture intensive des terres agricoles dont elle a besoin, ne font pas que détruire les écosystèmes et réduire la biodiversité; cela contribue également au changement climatique. Dans le monde, notre système d'agriculture industrielle produit environ 14% des émissions de gaz à effet de serre. Si l'on compte les émissions indirectes liées à la déforestation, et celles associées à la production des fertilisants, on arrive à 24%.

De plus, l'utilisation extensive des fertilisants et pesticides (99% du soja mondial est génétiquement modifié et est systématiquement traité avec des pesticides) contamine les sources souterraines, détruisant la biodiversité et érodant les sols.

Nous ne pouvons ignorer plus longtemps les coûts externes de ce système. Si nous sommes sérieux sur le changement climatique et sur le fait d'assurer le droit de chaque être humain à une alimentation saine et à la sécurité alimentaire, nous devons contester la présomption que le modèle agricole industriel est nécessaire pour nourrir le monde. En fait, cette présomption a peu de mérite.

Le programme des Nations Unies pour l'environnement estime que, d'ici 2050, une région grande comme le brésil et l'Inde devra être réutilisée en terre cultivables si les tendances actuelles de consommation alimentaire continuent.

Mais, si les 9.6 milliards d'être humains qui doivent habiter la planète d'ici là avaient un régime végétal, la production industrielle de viande pourrait être abandonnée et tout le monde pourrait être nourris sans avoir besoin de terres agricoles supplémentaires.

Pour beaucoup de gens, la compétition pour la terre est une lutte pour la survie. L'accès à la terre, qui est réparti plus inégalement que les revenus, est un facteur décisif pour déterminer si une personne souffre de malnutrition: 20% des ménages qui connaissent la faim ne possèdent pas de terre et 50% des gens qui connaissent la faim sont des petits agriculteurs.

Les chaînes des systèmes de production industrielle agricole doivent être remplacées par des chaînes de production locales, décentralisées et durables. Il incombe aux gouvernements de donner la priorité au droit des gens à l'alimentation et à la nutrition au-dessus des intérêts économiques privés.
Les gens ne devraient pas perdre leurs moyens de subsistance et leur sécurité alimentaire pour le bénéfice des profits de l'agroalimentaire.

Pour aller vers un modèle agricole socialement équitable et écologiquement durable, nous pouvons tirer parti des cadres politiques existants, telle que la Politique Agricole Commune de l'Union Européenne.

Actuellement, les grands producteurs de viande industrielle profitent largement des subventions de l'UE; or ces subventions pourraient être transformées en investissement dans des filières de production de viande et de céréales décentralisées qui adhèrent à un modèle plus durable. Pour ce faire, il faut reconnaître qu'il existe des alternatives réalistes à l'agriculture industrielle. Par exemple, l'agroécologie s'adapte facilement à toutes les circonstances géographiques.

En fait, en 2006, Jules Pretty, de l'Université d'Essex, a trouvé que ce mode de production peut augmenter les rendements jusqu'à 79%. Mais, pour mettre en œuvre ce changement, les gouvernements doivent veiller à ce que tout le monde ait un accès garantie à la terre et à l'eau potable; et ils doivent créer des cadres politiques pour promouvoir les modèles agricoles socialement et écologiquement justes, ce qui par définition exclu l'agriculture industrielle.

Le défi de nourrir chaque être humain ne doit pas être perçu en opposition avec les questions de justice sociale et l'avenir de la planète.

La pauvreté, la malnutrition et la faim sont les résultats de la politique, non de la pénurie."


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