Agriculture par piégeage des sédiments: redécouverte d'une technique agricole vieille de 700 ans en Tanzanie

Des chercheurs de l'Université d'York, travaillant sur un site agricole abandonné vieux de 700 ans en Tanzanie, ont montré que l'érosion des sols a bénéficié aux pratiques agricoles pendant environ 500 ans.

L'étude, publiée dans la revue Quaternary Research, rapporte que les pratiques historiques de capture des sols érodés depuis les collines pourraient être précieuses pour les techniques d'agriculture moderne.

Agriculture par piégage des sédiments: redécouverte d'une technique agricole vieille de 700 ans en Tanzanie
Carol Lang, de l'Université d'York, examine les systèmes de terrasses d'Engaruka. Image: University of York

La recherche a démontré que des systèmes d'irrigation sophistiqués et des terrasses sur le site d'Engaruka n'avaient pas été construits pour prévenir l'érosion des sols, comme on le pensait jusque là, mais étaient au contraire installés pour capturer les sédiments érodés pour nourrir le paysage aride en contrebas.

Engaruka a été mis au jour en 1935 et l'on pensait à l'époque que c'était une "cité perdue" de 40000 habitants. Depuis, il a été reconnu comme étant les restes du plus grand système abandonné de champs agricoles irrigués et de terrasses en Afrique subsaharienne.

Recouvrant 20 km², le site fut mystérieusement abandonné il y a 200 ans. Selon certains experts, ce serait dû au changement climatique ou à la déforestation, ce qui aurait réduit l'approvisionnement en eau dans les champs.

D'après le Dr Carol Lang, du Département d'Archéologie de l'Université d'York: "Cette région de l'est de l'Afrique attire des centaines de milliers de touristes chaque année, beaucoup visitent le Parc National de Serengeti et l'aire de conservation du Ngorongoro pour observer la vie sauvage et rencontrer les éleveurs Maasai. Très peu cependant, réalisent l'importance archéologique des plaines en contrebas du parc. Nous savions avant de commencer notre travail qu'un système d'irrigation de cette taille nécessitait plus d'eau qu'il n'y en a de disponible dans la région aujourd'hui; mais ce que nous avons trouvé est que le site était alimenté en eau et que les habitants la géraient avec précaution pour faire pousser les cultures et pour accumuler de grandes quantités de sédiments."


Culture par "ensédimentation"


En utilisant une combinaison de fouilles archéologiques et d'analyses géochimiques et micromorphologiques, cette recherche contredit l'hypothèse selon laquelle l'érosion des sols est toujours une mauvaise chose.

Le Dr Daryl Stump, chercheur principal pour le projet rapporte ainsi: "les habitants de l'ancien Engaruka étaient sans nul doute des paysagistes et gestionnaires agricoles très qualifiés, et ce sont des leçons à apprendre qui peuvent être appliquées à l'agriculture moderne. Depuis l'identification de ces pièges à sédiments à Engaruka, notre équipe a découvert des structures très similaires sur le site du patrimoine mondial de l'UNESCO de Konso en Ethiopie, où les agriculteurs signalent que les pièges à sédiments sont plus intéressants sur le plan économique que les terrasses en pente."

En présentant leur étude lors d'une conférence international, les membres de l'équipe ont aussi aidé à identifier des structures qui semblaient très similaires en Afrique du Sud, au Moyen Orient et en Inde, ce qui suggère que cette méthode agricole fut autrefois bien plus répandue.


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